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Un bon petit dej', 8 heures, il est temps de quitter Vadu Izei, le soleil m'accompagne. A la première intersection, je m'arrète saluer le garçon sourd muet avec lequel j'avais sympatisé. Il rend là les services qu'il peut. Il entre dans le bar et revient avec une dame qui va dans ma direction. Je la dépose à Barsana, une quinzaine de km plus loin, juste en face de la belle maison des artisans artistes du bois auxquels je rendais visite hier matin. Quelques bornes encore après le monastère et je quitte la route asphaltée pour engager ma voiture dans les petits chemins et tester mes amortisseurs. La campagne est belle ce matin. Après les pluies de la nuit, les prés arborent leur plus beau vert et les meules de foin fument sous le soleil. |
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Par contre on ne voit personne dans
les prés, sur les chemins aucun homme la faux sur l'épaule
ou aucune femme avec rateau ou fouche, pas la moindre charrette
chargée de foin ou de bois et tirée par un ou deux
chevaux: ce serait faire offense que de travailler le jour du
Seigneur. Je traverse un premier village au ralenti, observant les élégantes maisons de bois, et m'arrêtant fréquemment pour admirer les magnifiques portails sculptés qui marquent l'entrée des propriétés. Je fais une halte à Glod, le village suivant. J'accompagne un monsieur jusqu'à l'église, il y entre, je flane autour. Et autour, c'est le cimetière. Non pas un cimetière bien ordonné avec allées gravillonnées et tombes bien proprettes, univers minéral que l'on trouve chez nous. Ici, de modestes croix émergent d'un fouillis d'herbes folles et de fleurs vivaces, sous les arbres fruitiers. La vie. |
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Je poursuis mon chemin sur ces routes de campagne, délavées par les pluies lorsqu'elles sont en pente, mettant à nu leur empierrement, ou creusées d'ornières remplies d'eau aux endroits plats. | Collines boisées découpées de prairies, vallée étroite le long d'un ruisseau, sommets dégageant des vues lointaines, et dans le creux, un autre village, Poleinile Izei. Les cloches sonnent lorsque j'y parviens, c'est l'heure de la messe à la nouvelle église, délire de tourelles couvertes de métal. Et en face, la fine église de bois délaissée. Justement, le monsieur qui garde la clef est là, et je peux visiter l'intérieur: une accumulation d'icones ornées de tissus blancs brodés de motifs fleuris qui remplissent l'espace. Je flane en observant les personnes se rendant à l'église dans leurs plus beaux habits, les femmes et jeunes filles foulard sur la tête, les hommes en chapeau de feutre.. |
| Je descends la vallée qui me conduit à Botiza. Encore une église de bois qui à flanc de colline se détache sur le ciel. J'y parviens par un chemin accidenté, ici aussi c'est l'heure de la messe, l'église doit être pleine car une dizaine d'hommes et femmes suivent l'office à genoux devant l'entrée. Contrairement aux précédentes, cette église semble relativement récente mais elle est superbe. Je ne me lasse pas de rendre visite à la moindre église de bois, et c'est ici en Maramures qu'elles sont le plus élégantes, couvertes de fins bardeaux d'épicéa épousant les courbes et retaillés à leur extrémité pour créer de beaux dessins et accentuer les ondulations. Humbles et superbes, avec toujours cette haute flèche qui culmine, prouesse d'architecture. |
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J'arrive enfin à Botiza. Naturellement, c'est toujours la messe. De l'autre côté du pont, un large portail de bois permet de pénétrer dans l'enceinte de l'église, des églises puisque maintenant la vieille église de bois est accompagnée d'une pompeuse et imposante bâtisse blanche qui ne suffit même pas à contenir tous les fidèles de cette religion orthodoxe. Une trentaine de personnes se massent à l'entrée, et bien d'autres s'égaillent autour, des dames et jeunes filles, des enfants, sous le porche de l'église de bois, flanent à travers du cimetière, s'approchant de temps à autre de l'entrée pour savoir où en est l'office, faisant un signe de croix et repartant en petits groupes, en balade, en discussions. Comme je veux attendre ici la sortie de la messe et qu'elle dure, je fais comme eux, dans cette ambiance endimanchée d'habits traditionnels, les dames en blouse blanche bordée de dentelles, une jupe où domine la couleur rouge, et sur la tête un foulard sombre à motifs de fleurs. J'invite quelques unes d'entre elles à poser pour moi, et c'est avec un sourire qu'elles acceptent. | ![]() |
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C'est une foule colorée qui sort de l'église et se répand dans le village, chacun peu pressé de regagner sa maison. L'épicerie est pleine, les enfants ont droit à une glace, des hommes discutent une bière à la main. Le café lui aussi est bondé, je m'y attarde devant une bonne bière pression. Je parcours à pied ce long village, observant les détails des maisons de bois. Tiens, on construit une nouvelle église, un fouillis de poutres et madriers, des échaffaudages de fortune, les piliers sculptés du porche sont en place mais aujourd'hui le chantier est en repos. Les nuages ont maintenant envahi le ciel, je continue ma route. |
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Autres villages, maisons à beaux portails, autres églises de bois. Je visite l'intérieur de celle de Rozavlea (18e siècle) aux murs entièrement recouverts de peintures naïves bien conservées et reproduisant des scènes évangéliques, l'oeuvre d'un artiste local. Comme je me dirige sur Ieud qui serait un des plus beaux de ces villages, de grosses gouttes commencent à tomber. Un monsieur me fait signe, je l'amène jusqu'à sa maison, à l'autre bout de ce long village, des kilomètres. Comme je reviens vers le centre, l'orage s'abat, violent, des trombes d'eau. Je pourrais en profiter pour manger un morceau mais je suis coincé dans ma voiture, en face de cet établissement marqué "Bufet". Je profite enfin d'une légère accalmie pour traverser la rue. Mais dans le bufet, rien à grignoter, seulement des hommes et des boissons, je me contente d'une bière en observant les joueurs de jaquet. |
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| Il pleut, fort, inutile de continuer les visites, je reviendrai demain à Ieud, je retourne à Botiza que je choisis comme lieu d'étape, dans la belle vallée Sasului que je descendais ce matin en arrivant à ce village. L'orage s'est calmé mais le petit ruisseau a tant grossi qu'il menace d'emporter la frèle passerelle de bois qui l'enjambe ici, en face de la maison où une dame me reçoit en parlant français. Oui, je peux être logé, dans cette maison de bois construite pour accueillir les touristes comme moi, derrière la maison en dur des propriétaires où, sur une terrasse couverte, des jeunes s'apprêtent à faire la fête. Je leur rends visite, tout est en place, l'ordinateur et la sono, mais l'orage a coupé le courant, c'est l'attente, il m'offrent une bière. | Je profite du retour du soleil pour remonter le vallée. Je dis bonjour aux poules, à la vache qui broute seule le long de la route, au cheval et à son propriétaire avec lequel je discute un moment, approuvant ses paroles ou prononçant les quelques mots de roumain que je connais, histoire de relancer sa conversation, m'imprégnant de la musique de la langue et arrivant à suivre avec les quelques paroles que je comprends, j'aime. De retour à la maison, la dame qui m'a reçu m'invite à manger avec elle et son frère, si c'est mon heure. Bien sûr, je n'ai pas mangé de la journée, comme d'habitude. Un gros tronçon d'épicéa sert de table, de plus petits de chaises, le repas commence par l'apéritif rituel, un petit verre d'eau de vie maison, la horinca. Ensuite la soupe, puis le poulet non labellisé mais 100% bio. Un régal. | ![]() ![]() |
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Cette dame sympatique et très branchée écologie m'apprend qu'elle est le maire de Botiza où se pratique un artisanat de belles couvertures de laine teintes de couleurs végétales- faudra que je m'y intéresse demain-. Nous discutons de son travail, du mien et son frère en profite pour une consultation d'architecture, de la pluie, des innondations en Moldavie et de la sècheresse en occident. Le courant est revenu, nous
mangeons avec la musique, un jeune a invité là
ses amis pour son anniversaire, musique traditionnelle et musique
disco mais rien en anglais. |
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Des gens qui passent en voiture, à pied ou en vélo, s'arrêtent pour tirer de l'eau du puits, remplir des bouteilles. Cette eau a du succès, on m'assure qu'elle est très bonne pour la digestion, j'en remplirai ma bouteille avant de repartir. Le temps passe ainsi à partager la vie de ce bout du village. |
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