Adaptation climatique de l'habitat vernaculaire
d'ariège
Pour se protéger des rigueurs du climat,
l'ariègeois des siècles passés n'avait que
les matériaux qui l'entouraient et son ingéniosité.
Le climat était plus contrasté qu'aujourd'hui,
avec des hivers plus rudes, et des hauteurs de neige plus importantes.
Mais l'homme aussi était plus rude et résistant.
La recherche du soleil La première de ses préoccupations
a été la recherche du soleil, de sites bien ensoleillés
où installer sa demeure et cultiver la terre. Et l'Ariège
est pour cela aseez généreuse.
Avec la première élévation des prépyrénées
étendue d'Est en Ouest, et des massifs plus hauts mais
isolés de la chaine, elle possède nombre de flancs
Sud bien exposés, les soulanes principales. Premiers sites
d'installation permanente, ces soulanes sont habitées
depuis l'antiquité alors que la basse Ariège, couverte
de forêts, était quasi déserte.
Dans des sites à priori moins favorables, la multitude
de rivières et ruisseaux a creusé des vallées
dont les méandres dégagent des terroirs Sud-Est
à Sud-Ouest plus exigüs et occupés plus tardivement.
Et même les flancs Nord des massifs possèdent des
ondulations et buttes secondaires offrant des expositions Sud
favorables à l'installation humaine.
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Partie de soulane du Plantaurel
La maison ariégeoise
est donc remarquable par sa recherche du soleil
Rares sont les petits groupements ou bâtiments
isolés où l'exposition n'est pas des plus favorables.
Ils résultent de la pression démographique du XIXe
siècle avec la transformation de granges en habitat ou
la recherche de nouvelles terres pour la subsistance. En dehors
des villages où les apports des voies de communication
deviennent priorité. Et encore s'installent-ils en fond
de vallée au confluent de ruisseaux, profitant ainsi de
percées dans les montagnes.
Même en basse ariège au climat moins rude l'habitat
s'implante de préférence au sommet dégagé
des buttes .
Cette préoccupation solaire, présente
dans toutes les régions d'Ariège, a été
guidée par la nécessité énergétique
et alimentaire, mais également par une forte conscience
cosmique. Elle se retrouve dans la toponimie: nombreux sont en
Ariège les villages et lieu-dits contenant la racine soul
(le soleil)- Souleilhe, Soula, Soulan, Soulère,..-
La protection du vent
Sauf vers les sommets, dans les cols
ou quelques vallées esposées, les sites de montagne
sont assez abrités des vents froids et pluvieux. Seul
se ressent le vent de Sud à effet de foehn qui assèche
le sol et fait fondre la neige.
Il n'en est pas de même en basse ariège plus ouverte
ni dans les prépyrénées qui reçoivent
les vents de l'atlantique et le vent d'autan méditerranéen.
Dans les zones de plaines, côteaux et basses montagnes
les habitations s'étendent en longueur pour offrir moins
de prise au vent et se protègent en s'entourant de végétation,
de bâtiments agricoles, ou en abaissant une toiture face
au vent porteur de pluie.
Une ferme dans les côteaux
de basse ariège,
sous les ruines d'un moulin à vent
Une petite ferme dans
la plaine
Ces granges à
foin du piémont pyrénéen, ouvertes à
l'Est et au Sud, indiquent les directions où la pluie
n'est pas à craindre
L'organisation des espaces
L'espace réservé à l'habitat
est plutôt faible, avec un confort minimum: une pièce
commune, la cuisine salle à manger, une ou deux chambres
à l'étage (si étage), un grenier au-dessus.
Quelques appentis accolés au bâtiment ou séparés
pour les petits animaux, la réserve de bois de chauffage....
Les façades
En Ariège, une seule façade
contient toutes les portes et fenêtres des différentes
pièces, la façade bien exposée, autant pour
les maisons en longueur de basse ariège que pour l'habitat
en hauteur des zones montagneuses. Les ouvertures sont assez
petites pour ne pas laisser entrer le froid, ce qui donne une
ambiance interne assez sombre. En soulane où les journées
ensoleillées sont clémentes, même en hiver,
la porte restait fréquemment ouverte pour contribuer à
l'éclairage.
Enfin les balcons, espaces solaires privilégiés,
servaient au séchage de quelques produits et étaient
le lieu de maintes activités. Et ceux qui avançaient
sur la façade procuraient un abri et maintenaient à
l'ombre, l'été, les vitrages de la pièce
principale du rez de chaussée.
L'isolation
Les matériaux de la maison -pierres,
terre..- ne procuraient pas une bonne isolation thermique malgré
leur épaisseur. Comme dans bien d'autres contrées,
assise sur le sol et construite en matériaux lourds, la
maison d'ariège joue sur son inertie, ses températures
internes ne subissant pas de grosses variations. Si elle reste
fraîche en été, elle est aussi froide en
hiver.
Dans certaines régions les espaces annexes entourant le
coeur de la maison servaient d'isolation pour l'espace de vie. Ainsi l'étage habité de la maison du pays de
Foix, avec les animaux au-dessous, le grenier au-dessus, le foin
à l'arrière et des voisins sur les côtés
n'expose-t-il qu'une seule face sur l'extérieur.
Le chauffage
Enfin on peut parler de la cheminée.
L'ariégeois n'a pas développé des techniques
de chauffage comme on peut en rencontrer dans d'autres pays plus
nordiques, faute de moyens ou parce que la climat n'était
pas jugé en définitive comme très rude.
Seule la pièce principale est équipée d'une
cheminée à bois, avec parfois un four à
pain. La cheminée servait surtout à cuire les aliments,
accessoirement à chauffer les personnes rassemblées
autour. Rien n'était prévu pour les autres espaces.
Dans les temps anciens
cette pièce servait aussi pour la nuit, ou la famille
se regroupait dans une seule chambre.Les nuitées les plus
froides, des braises du foyer étaient placées sous
les draps dans un récipient, le "moine", et
permettaient de se coucher dans un lit moins glacé.